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Miliciens ou professionnels, là est le vrai débat (Le Matin, 11.08.2013)


Le Matin nous avait habitué à de la légèreté, pour ne pas dire une opposition constante à nos instruments de sécurité et en particulier l'armée. Voici pourtant une analyse de M. Péclet qui dit un grand nombre de choses sensées et en particulier "ne pas retomber dans les vieilles habitudes quand cette initiative aura été repoussée", car il y a beaucoup à discuter encore; notre système doit s'améliorer, car la menace chance chaque jour.

VEG

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En 1989, la première initiative du Groupe pour une Suisse sans armée (GSsA) avait séduit plus d'un Suisse sur trois. Douze ans plus tard, la seconde n'en convainquait qu'un sur cinq. Nous voterons sur la troisième le 22 septembre, et le moins qu'on puisse dire est qu'elle ne passionne pas les foules.
Le goût de réchauffé explique un peu cette apathie, mais trois raisons plus profondes font que le GSsA peine à mobiliser l'opinion autour de l'abrogation du service obligatoire.
Premièrement, l'euphorie née de la chute du Mur a fait place à un sentiment de menace diffus. Qui prétendrait, en voyant Obama annuler sa rencontre avec Poutine après l'affaire Snowden, que la guerre froide est définitivement enterrée? Par ailleurs, le terrorisme et les troubles sociaux liés à la crise qui se prolonge ouvrent la porte à de nouveaux scénarios.
Deuxièmement, les relations entre l'armée et le pays se sont décrispées. Un jeune sur quatre en âge de faire son service militaire fait son école de recrues, beaucoup ont trouvé dans le service civil une alternative facilement accessible. Quant à l'époque où il fallait arborer au moins un grade de major pour devenir directeur chez UBS, elle semble appartenir à un lointain passé - au point que certains en viennent à regretter le sens du devoir qui habitait alors les banquiers.
Troisièmement, l'initiative est soutenue par une coalition hétéroclite et divisée. Elle demande - il faut le souligner - non pas la suppression de l'armée mais celle du service obligatoire. Or même à gauche, où le GSsA doit récolter des voix, cette idée laisse sceptique. «Les armées de volontaires ou de professionnels ne sont pas les meilleures amies de la démocratie », dit un élu socialiste romand. La nôtre a parfois des allures de Pieds nickelés, mais elle reflète au moins la population dont elle est issue, tandis qu'une troupe de volontaires - à supposer qu'il y en ait assez - éveille les craintes d'y voir affluer la lie de la société ou les fanatiques des armes.
L'esprit de milice reste ancré dans la population, et ceux qui se sont battus pour le service civil sont pris à contre-pied par l'initiative du GSsA, qui réduirait leurs efforts à néant: un service civil basé sur les volontaires verrait ses effectifs s'effondrer.
Pour toutes ces raisons, il est probable que les Suisses diront de nouveau non au GSsA le 22 septembre, assez nettement même. Le risque est qu'ensuite on revienne à l'ordre du jour, sans discussion ouverte sur le rôle de l'armée et les meilleurs moyens de le remplir. C'est que le thème ennuie, à part une brochette de spécialistes. La défense militaire ne fait les gros titres que lorsqu'il est question d'acheter un nouvel avion.
 

Une tâche centrale de l'armée est de protéger les infrastructures sensibles

Quelles sont les missions de l'armée suisse au XXIe siècle? Malgré tous les rapports de sécurité pondus depuis trente ans, la réponse reste assez floue pour la majorité des Suisses, et une part de la responsabilité en revient à Ueli Maurer lui-même. Ce n'est pas que le chef du Département communique peu, il est même plus ouvert que d'autres conseillers fédéraux, mais son message est brouillé. Il fait poser ses collègues en «course d'école» dans des véhicules blindés, parle de supprimer l'appui à la Patrouille des Glaciers puis revient en arrière. Est-ce vraiment cela qui est important?
Une tâche centrale de l'armée aujourd'hui est de protéger les infrastructures sensibles. La région d'Olten concentre un nœud erroviaire et autoroutier, du nucléaire, des centres logistiques et de communication, le tout réparti sur cinq cantons. Voilà le genre de besoins sur lesquels les chefs de l'armée bâtissent leur réflexion. C'est moins spectaculaire que des obusiers ou des Gripen, mais essentiel pour le fonctionnement du pays. En revanche, l'armée bonne à tout faire à laquelle se sont habitués les cantons et les organisateurs de manifestations sportives ne joue pas un rôle vital. Si on veut le maintenir, peut-être devrait- elle facturer ses prestations.
Le seul vrai débat est de savoir si les tâches vitales seront mieux remplies par des professionnels ou par une armée de milice, et à quel rapport qualité- prix. Une fois tranchée la question posée par le GSsA, il faudra bien s'y atteler.

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