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"Défendre son Pays est-il un amusement ?" Lettre de lecteur de Pierre-André Morand (Le Courrier, 15.08.2013) en commentaire de l’affiche de campagne de l’initiative du GSsA

Vu la qualité de l'intervention du lt col Morand, nous nous permettons de la reproduire ici afin qu'un maximum de lecteur la découvre.
 
A LIRE ABSOLUMENT (source ici).
 
VEG
 
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La présentation de l’affiche de campagne du GSsA (Groupe pour une Suisse sans armée) à l’appui de son initiative contre l’obligation de servir lors de sa conférence de presse du 30 juillet à Berne m’inspire plusieurs réflexions.
 
En mettant en scène un haut gradé de l’armée occupé à jouer avec des avions et des chars miniatures, avec le slogan «Parce qu’on n’a pas tous le temps de jouer à la guerre», le GSsA donne le ton: la préparation à la guerre est pour lui avant tout un jeu.
 
Le citoyen adulte et responsable se demandera si la détermination du peuple suisse de défendre son indépendance au XXIe siècle, comme il l’a fait dans le passé, est un amusement ou une question cruciale. Que la guerre soit une cruelle réalité avait déjà été constaté il y a cent cinquante ans par notre concitoyen Henri Dunant, qui a immédiatement rallié une majorité de pays pour créer la Croix-Rouge internationale puis pour signer les Conventions de Genève.
 
La preuve de l’efficacité du modèle helvétique d’une milice constituée par la conscription est le succès de la dissuasion armée depuis cent cinquante ans. S’il n’avait pas consenti au coût d’une armée crédible, le Pays aurait sans nul doute été asservi, comme l’ont été tous ses voisins. Hormis les facteurs économiques, c’est parce que son état-major avait calculé que vingt-neuf divisions étaient nécessaires pour mater la Suisse qu’Hitler se résigna à renoncer à ses plans d’invasion.
 
Depuis la chute du mur de Berlin, nos autorités ont bien compris, avant le GSsA, que dans la situation actuelle un combat terrestre sur le sol helvétique est peu probable. Les moyens terrestres ont donc déjà été fortement réduits en faveur de ceux d’intervention rapide de la force aérienne soutenue par des dispositifs de surveillance, de renseignement et de commandement parmi les plus efficaces au monde.
 
L’apport de l’armée dans le cadre des mesures prises par l’ONU pour le maintien de la paix dans le monde est considérable depuis 1945. Nombre de conférences internationales cruciales pour la paix ont pu être organisées à Genève grâce à l’encadrement militaire assurant leur sécurité. La présence plus lointaine, mais efficace, de détachements suisses contribue également au maintien de la paix (Corée, Kosovo).
 
La volonté du peuple suisse de rester maître chez soi, exprimée déjà par le serment du Grütli en 1291, est intimement ancrée dans la conscience des citoyens qui acceptent l’obligation de servir comme un devoir envers l’Etat qui lui assure par ailleurs des prestations étendues dans tous les domaines de la vie courante.


Que le GSsA plaisante sur ces valeurs est son droit le plus absolu. Peut-être que la légèreté avec laquelle ils abordent cette grave question permettra au citoyen responsable de se convaincre encore plus rapidement de répondre non à leur dangereuse initiative.

 
Le GSsA est parfaitement conscient que les missions constitutionnelles dévolues à l’armée ne pourront être remplies par une armée de milice basée sur le volontariat. L’initiative est donc une nouvelle étape vers son but final, qu’il ne cache même pas, qui est l’abolition pure et simple de l’armée. Les citoyennes et les citoyens de ce pays doivent être conscients de l’enjeu important qui se pose à eux à l’occasion de cette votation.
 
PIERRE-ANDRÉ MORAND, avocat, lt-col de milice (GE)

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