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Témoignage de milicien - L’Armée: ennui, attente et inutilité?

Chers Lecteurs,
La stratégie c'est bien beau, mais parfois il faut revenir sur le "plancher des vaches". Dans les multiples échanges qui émaillent cette campagne, M. Sapey nous a envoyé ses réflexions. Nous avons jugé utile d'entendre aussi ce que dit ce soldat de ses tâches, comment il comprend les contraintes souvent ingrates du service, mais souvent pas plus ingrates que dans le civil. Il suffit de regarder tout cela un peu avec bonne foi. M. Sapey l'a fait.
 
Merci pour son témoignage.
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Alors que la campagne concernant l'initiative visant à abolir l’obligation de servir bat son plein, on entend régulièrement les partisans du oui avancer des arguments du type suivant: "Je connais quelqu'un qui, lors de son service, ne faisait que des choses inutiles comme garder un téléphone qui ne sonnait jamais", "Durant mes cours de répétition on ne faisait qu'attendre", "L'armée ne sert à rien car les gens s'y ennuient et y font des choses inutiles à longueur de journée", etc.

Concernant l’ennui

Il est vrai que depuis l'apparition des nouvelles technologies de communication, l'attention des gens s'est écourtée. Facteur que l'on retrouve dans les écoles où les professeurs se doivent de donner un rythme à leurs cours pour ne pas perdre l'attention de leurs élèves. Les gens ont également de plus en plus besoin de ressentir le sens derrière ce qu'on leur demande de faire.
L'armée prend aussi en compte ces changements et dans les écoles de recrues des efforts sont faits pour y répondre. Par exemple dans les armes techniques, où les recrues ont des attentes différentes que les recrues d’infanterie, des mesures ont été prises pour faire débuter l'instruction technique le plus tôt possible, au lieu de ne faire que de l'instruction militaire de base durant les premières semaines d’école de recrues.

Et l’attente?

Celle-ci est en fait avant tout un élément stratégique. Positionner une capacité de personnes et de matériel dans un secteur d'attente pour assurer la capacité d’une unité à réagir, c'est un élément de travail de l'armée. On retrouve ce même élément dans les actions de gendarmerie, par exemple lors de manifestations, ainsi que dans le travail d'entreprises de sécurité privées. Ce n’est pas pour autant que l’on voudrait abolir ces métiers, sous prétexte que le travail consiste parfois simplement à attendre.
Mais c'est aussi le rôle du commandant de compagnie que de prendre en compte l'élément d'attente et de remplir les temps vides avec des modules d'instruction. Et c'est un défi passionnant pour un jeune commandant qui doit constamment garder à l’esprit la nécessité de motiver les gens. Elément de conduite que l'on voit plus rarement dans le privé, où le dirigeant a souvent l'impression que le principal facteur motivant est le salaire et qu'il n'est de ce fait pas nécessaire de s'impliquer à la construction d'un esprit de groupe. Un jeune gradé apportera donc là une plus-value et une vision différente de la gestion du personnel à son entreprise.
Et puis, il faut également noter que chacun a des réactions différentes face aux temps morts. L’auteur de ces lignes connait beaucoup de camarades qui, durant leur service, savent s'occuper pendant ces moments avec des activités professionnelles ou privées.

De la soi-disant inutilité des tâches

Au sein de l'armée, les soldats sont amenés à prendre des fonctions de garde, de téléphoniste, etc. Des activités qui, pour la plupart, sont des métiers pour eux-mêmes dans la vie civile. Y'aurait-il donc pour les partisans du oui à l'initiative des métiers inutiles, voir des sous-métiers?
Durant son école de recrues, chaque soldat apprend à jouer un rôle pour la collectivité. Ainsi, chaque commandant d'école a un jour nettoyé les WC de la caserne en tant que soldat. Chose qui se retrouve beaucoup plus rarement de nos jours dans le secteur privé. Car les carrières modernes ne se commencent plus au bas de l'échelon de l’entreprise, mais dans les grandes écoles.
Ainsi, l'armée est encore une structure qui permet aux futurs cadres de développer leur empathie pour leurs subordonnés et de comprendre leur travail puisqu'ils l'ont fait eux-mêmes un jour. De retour dans une structure civile, cette même personne aura donc une vision différente de "l’être avec" en présence de ses collègues et subordonnés.

En conclusion

Les arguments d’ennui, d’attente et d’apparente inutilité des partisans du oui ne tiennent pas à un examen approfondi.
Cédric Sapey
 
 

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